Rencontre avec Élise Maille à part

27/11/2020

Rencontre avec Élise Maille à part

Rencontre avec Élise Maille à part, créatrice de vêtements outdoors en mérinos . Dans sa boutique atelier de Monêtier les Bains, Élise coud des t-shirts en mérinos parfaits pour la pratique des sports outdoors. Une très chouette fille engagée, enjouée et créative, amoureuse de ses montagnes et du grand air.

Élise, peux-tu te présenter, ainsi que ton parcours avant Maille à Part ?

Je suis Élise, 36 ans, originaire de Grenoble et installée dans Hautes-Alpes depuis 3 ans. Je crois que cela n’a pas toujours été évident pour moi, de savoir ce que je voulais faire dans ma vie… Après des études scientifiques, je me suis rendu compte que je ne me sentais pas à ma place, j’avais besoin d’utiliser mon cerveau et mes mains en même temps, c’était ce qui me satisfaisait. J’ai toujours bricolé, cousu, tricoté, brodé, assemblé des perles… Je voyais quelque chose qui me plaisait et j’apprenais à le réaliser à ma sauce toute seule !

Alors de fil en aiguille, c’est le cas de le dire, en voyant que mes créations plaisaient autour de moi, je me suis dit pourquoi pas essayer de faire quelque chose avec ça ! Je me suis mise à créer des accessoires en couture et au crochet que je revendais dans des boutiques ou sur des salons. Puis de retour à Grenoble, après quelques années en Haute-Savoie, l’occasion s’est présentée de m’associer avec ma maman, passionnée de laine et de couture, et d’ouvrir une boutique de laine à Grenoble, dans laquelle je pouvais installer mon atelier de couture. C’est là que Maille à part est née !

Raconte-nous les débuts de Maille à Part ?

Dans notre petite boutique Maille à part, nous sélectionnions des laines de qualité, essentiellement en pures laines, nous proposions des cours de tricot et crochet (c’est d’ailleurs là que tu as appris à tricoter, Émilie !). Nous créions aussi des modèles pour présenter nos belles laines dans la boutique.

En parallèle, je continuais toujours à coudre, mais je tournais un peu en rond avec les accessoires et j’avais envie de plus de « challenge » en cousant des pièces plus techniques et de plus grande envergure.

Nous sommes restées 4 ans dans cette boutique, jusqu’à ce que je rencontre Xavier, mon compagnon et chef sérigraphie des t-shirts, qui habitait Briançon. À ce moment-là les choses se sont plutôt bien enchaînées, comme si c’était écrit… Nous avons rencontré Ana, qui avait aussi appris le tricot chez nous, et qui souhaitais ouvrir une boutique de laine à Grenoble. Nous lui avons proposé de reprendre Maille à part (la boutique s’appelle maintenant Lanae, et ce sera un prochain portrait que vous trouverez sur ce journal). Pour moi c’était l’occasion de venir m’installer à Briançon.

J’avais envie de créer des vêtements qui soient confortables, originaux et dans une matière de qualité. Connaissant bien les particularités de la laine mérinos, je me suis dit qu’il fallait proposer des vêtements avec des coupes adaptées aux sports outdoors, et des designs funs et colorés !

Rencontre Maille à part Mérinos

Peux-tu nous parler de la matière que tu travailles, le mérinos ?

La laine mérinos est la laine issue des moutons de race Mérinos. Ce sont des gros moutons rustiques, que l’on peut trouver dans nos montagnes par exemple, mais surtout en Afrique du Sud, Australie ou Nouvelle-Zélande essentiellement. En France nous élevons essentiellement les moutons pour la viande, et nous avons perdu toute la filière de transformation de la laine.

En Nouvelle-Zélande par exemple, cela fait plus de 200 ans que les moutons mérinos sont élevés pour leur laine. Ils arrivent maintenant à avoir des brins de laine très fins (autour de 18 microns de diamètre contre environ 20 microns pour les mérinos français) ce qui permet, une fois tricoté, d’obtenir un jersey très fin permettant de réaliser des sous-vêtements.

Rencontre Maille à part Mérinos

Tu crées des tee-shirts en mérinos pour la pratique du sport outdoor, peux-tu nous parler des avantages de ce type de vêtement pour ces pratiques ?

Le Mérinos a de très nombreux avantages ! Tout d’abord, c’est de la laine, une matière naturelle, qui provient de la tonte des moutons, qui ont besoin d’être tondus tous les ans pour pouvoir vivre correctement. Ensuite c’est une laine qui ne gratte pas (finis les pulls que mamie nous tricotait et qui étaient rêche au possible), elle peut se porter à même la peau et possède presque le toucher d’un coton.

Mais ce n’est pas tout, cette laine a de nombreuses propriétés techniques : elle évacue la transpiration, sèche vite, et régule la température du corps. N’oublions pas que cette laine est issue de moutons vivant dans des régions à fort gradient thermique ! Donc on peut l’utiliser hiver comme été. De plus elle est naturellement antibactérienne, ce qui signifie qu’elle ne garde pas les odeurs ! Vous pouvez transpirer dans votre t-shirt plusieurs jours de suite, il ne sentira pas mauvais ! Et de ce fait vous n’avez pas besoin de laver votre t-shirt trop souvent…

Vous n’avez presque besoin que d’un seul t-shirt pour toute l’année !

La Laine Mérinos a de nombreuses propriétés techniques : elle évacue la transpiration, sèche vite, et régule la température du corps. (…) On peut donc l'utiliser hiver comme été.

Élise
Rencontre Maille à part Mérinos

Les tee-shirts que tu crées sont sérigraphiés, peux-tu nous expliquer en quoi consiste cette technique ?

La sérigraphie est une technique d’impression artisanale. Elle permet d’imprimer sur différents supports (tissus, papier, bois…) à plus ou moins grande échelle, sans besoin de matériel High-Tech !

Il suffit d’un cadre en bois, sur lequel est tendu un tissu. Sur ce tissu, le motif que l’on souhaite imprimé est « gravé » à l’aide d’un produit photosensible qui va laisser passer la peinture uniquement aux endroits du motif. Ensuite, à l’aide d’une racle en caoutchouc on fait passer une fine couche de peinture à travers le tissu tendu et la peinture vient s’imprégner dans les fibres du tissu, juste aux endroits du motif, un peu comme un pochoir.

C’est une technique peu coûteuse (car l’investissement de départ est minime), qui peut s’apprendre toute seule. Et comme la peinture rentre dans la fibre du tissu, les impressions ont une longue durée de vie, même si nous utilisons des encres à eau.

Rencontre Maille à part Mérinos

Tu as de beaux motifs sur tes tee-shirts !

Oui c’est un travail d’équipe… Je ne peux pas tout faire, et il y a des domaines dans lesquels je ne suis pas bien douée ! Je demande donc à un couple d’amis graphistes et illustrateurs de proposer des dessins. J’aime beaucoup leur travail, et le dessin est un domaine que je ne maîtrise pas du tout. C’est toujours un plaisir de découvrir quelles sont les idées qu’ils ont eues pour illustrer les t-shirts !

Depuis cette année j’ai un peu élargi les dessinateurs car j’ai aussi commandé deux autres dessins à deux amies de la région (dont l’un à Lauriane Miara dont vous allez aussi entendre parler bientôt par ici !)

Pour le travail de sérigraphie c’est Xavier, mon compagnon qui s’en occupe. Il ne connaissait pas du tout au début, et comme je ne trouvais personne pour le faire dans la région, il s’est proposé d’essayer… Et je crois qu’il y a pris goût !

Avec quelles machines à coudre travailles-tu ?

Comme je travaille avec du jersey pour la réalisation de mes tee-shirts, j’ai une surjeteuse industrielle qui m’est fidèle depuis le début, et depuis cette année j’ai investi dans une recouvreuse 5 fils industrielle. Elle m’a donné du fils à retordre au début, mais maintenant que l’on a appris à se connaître toutes les deux, c’est un vrai régal !

Je possède également une machine à coudre familiale Bernina, dont je me sers pour toutes les autres coutures.

Peux-tu nous parler de ta boutique atelier à Monêtier les Bains, dans la vallée de Serre Chevalier ?

Ma boutique Maille à Part se situe à Monêtier Les Bains. C’est un petit village qui fait partie de la station de Serre Chevalier. Je confectionne tout sur place dans la boutique. J’ai un espace de coupe et de stockage au sous-sol de la boutique et mes machines sont à l’intérieur même de l’espace boutique. Ça me permet de montrer aux gens que ce ne sont pas des machines qui réalisent les vêtements, et qu’une seule personne peut s’en occuper. Comme je fais tout sur place (sauf la sérigraphie qui est réalisée à la maison) je peux proposer aux gens de choisir leurs couleurs et leurs motifs pour créer leur t-shirt unique !

Tu vends aussi d’autres pièces, dans ta jolie boutique. Tu choisis ces pièces avec beaucoup de soin pour la qualité des produits et leur éthique. C’est assez compliqué de trouver des marques engagées pour le sport outdoor ?

Oui je vends aussi d’autres marques en plus des vêtements Maille à part. J’essaye de trouver des marques qui ont une histoire à raconter, des marques que l’on ne trouve pas partout et surtout des marques qui me plaisent ! Je travaille beaucoup avec la marque Maloja, qui est une marque allemande de vêtements de sport, dont j’adore les motifs, les coupes, le soin des détails, depuis des années. J’aime aussi beaucoup cette marque, car elle ne se revendique pas forcément comme écoresponsable, mais elle utilise le plus possible de matières naturelles, fait fabriquer essentiellement en Europe, et n’utilise pas ces arguments comme argument de marketing !

Ce sont des choses normales que d’utiliser les ressources que nous avons proches de chez nous et de travailler le plus localement possible ! C’est ce que j’essaye de proposer aux gens, nous ne sommes pas irréprochables au niveau écologique, mais nous faisons ce que nous pouvons à notre échelle !

Tu testes tes produits en direct dans tes belles montagnes. Tu fais de gros horaires durant la saison de ski, et l’été. Tu trouves le temps de pratiquer un peu ? Quels sont tes sports favoris en montagne ?

Oui, ici dans les Hautes-Alpes, nous sommes au paradis des sports outdoor ! Je suis fan de ski. Je skie beaucoup à la Grave et aussi en randonnée dans les sommets alentour. L’été j’aime beaucoup randonner, ça m’aide à canaliser mes idées, mais je pratique aussi l’escalade et le VTT.

Le plus difficile est d’arriver à concilier travail et loisirs… Pendant les saisons c’est très compliqué, l’été je me rassure en me disant que l’automne sera beau et que nous aurons la montagne pour nous tout seul… Par contre l’hiver pour le ski, c’est plus compliqué, car quand la saison de travail se termine, c’est aussi la fin de la saison de ski… Il faut trouver des compromis entre les horaires du magasin, les créneaux météo et les petits congés ! Mais l’avantage c’est que quand on travaille de sa passion et on est moins frustré d’aller au boulot !

Vous savez que j’aime particulièrement interviewer les créatrices que j’apprécie. C’est une belle façon de découvrir leur travail et de vous le présenter. Dans le journal, vous trouvez différents portraits qui s’enrichissent régulièrement.
Il ne s’agit jamais d’articles sponsorisés. Je parle de ce que j’aime, et j’achète les pièces que je possède chez mes amies créatrices. C’est ma façon de les soutenir. Ça va mieux en le disant.
Toutes les très belles photos de cette interview et du site d’Élise sont signées ©Laure Metairie.

Pour un cadeau de Noël qui a du sens

N'hésitez pas à faire un tour sur le site d'Élise

1 réflexion sur “Rencontre avec Élise Maille à part”

  1. Merci Emilie de nous faire découvrir de belles personnes investies dans une production responsable et si engagée humainement ! bravo Elise et mille souhaits pour Maille à Part, j’espère avoir l’occasion de faire votre connaissance un jour même si je ne suis pas skieuse !

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